Un décret fondateur pour le gouvernement numérique algérien
Le 30 décembre 2025, le Président Abdelmadjid Tebboune a signé le Décret Présidentiel 25-320, établissant le premier cadre national complet de gouvernance des données en Algérie. Le décret définit les règles de classification, de catalogage et d’interopérabilité sécurisée des données entre administrations publiques, liant directement la gestion des données aux obligations du pays en matière de cybersécurité et de protection des données personnelles.
Le calendrier est délibéré. Publié le même jour que le Décret Présidentiel 25-321, qui approuve la Stratégie Nationale de Cybersécurité 2025-2029, et suivi quelques jours plus tard par le Décret 26-07 établissant des unités opérationnelles de cybersécurité au sein des institutions publiques, le cadre de gouvernance des données constitue l’un des piliers d’une architecture réglementaire coordonnée conçue pour sécuriser la transformation numérique accélérée de l’Algérie.
Pour les entreprises algériennes, les professionnels de la technologie et les agences gouvernementales, comprendre le Décret 25-320 n’est pas optionnel. Il change fondamentalement la façon dont les données du secteur public doivent être gérées, classifiées et partagées au-delà des frontières institutionnelles.
Ce que le décret établit
Le Décret 25-320 introduit trois exigences interconnectées pour l’écosystème de l’administration publique algérienne.
Classification des données. Toutes les données gouvernementales doivent être catégorisées selon un schéma de classification standardisé qui attribue des niveaux de sensibilité et détermine les procédures de traitement appropriées. Cela fait passer l’Algérie d’une approche ad hoc où chaque ministère ou institution fixait ses propres règles de gestion des données à une norme nationale unifiée. Le cadre de classification s’inspire probablement de modèles internationaux mais est adapté à la structure administrative et aux exigences de souveraineté de l’Algérie.
Catalogage des données. Les administrations publiques sont tenues de maintenir des inventaires complets de leurs actifs de données. Ce mandat de catalogage répond à un problème fondamental du paysage informatique gouvernemental algérien : de nombreuses institutions n’ont pas une vision claire des données qu’elles détiennent, de leur emplacement ou de leur relation avec les données détenues par d’autres agences. Sans catalogage, une interopérabilité significative est impossible.
Interopérabilité sécurisée. Le décret établit les règles d’échange des données classifiées et cataloguées entre entités gouvernementales tout en maintenant les garanties de sécurité et de confidentialité. C’est la disposition au potentiel le plus transformateur, car elle pose les bases de services gouvernementaux numériques intégrés nécessitant le partage de données au-delà des frontières ministérielles.
La triade réglementaire : 25-320, 25-321 et 26-07
Comprendre le Décret 25-320 nécessite de le replacer dans le contexte du paquet réglementaire plus large publié fin décembre 2025 et début janvier 2026.
Le Décret 25-321 (30 décembre 2025) approuve la Stratégie Nationale de Cybersécurité 2025-2029, un cadre à cinq piliers qui impose des audits de sécurité pour les infrastructures critiques, le renforcement des capacités et des réglementations sectorielles de cybersécurité pour la banque, la santé et l’énergie. La stratégie articule quatre objectifs : renforcer la résilience des systèmes d’information nationaux, développer un écosystème favorable à la cybersécurité, cultiver des ressources humaines qualifiées et consolider la coopération nationale et internationale.
Le Décret 26-07 (7 janvier 2026) établit le cadre opérationnel de la cybersécurité au sein des institutions publiques, créant des unités de cybersécurité dédiées et définissant leurs missions, organisation et responsabilités.
Ensemble, ces trois instruments créent un cadre cohérent : le Décret 25-320 indique aux institutions quelles données elles possèdent et comment les classifier ; le Décret 25-321 fixe la direction stratégique pour les protéger ; et le Décret 26-07 fournit la structure organisationnelle pour exécuter cette protection au quotidien.
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Pourquoi la gouvernance des données est urgente maintenant
Le besoin d’un cadre de gouvernance des données en Algérie est motivé par plusieurs pressions convergentes.
Ampleur du gouvernement numérique. La numérisation du secteur public algérien s’est considérablement accélérée, avec de multiples plateformes d’e-gouvernement, le système de carte d’identité nationale biométrique et les canaux de prestation de services numériques générant des volumes sans précédent de données gouvernementales. Sans gouvernance, ces données deviennent un passif plutôt qu’un actif.
Menaces de cybersécurité. L’Algérie a enregistré plus de 70 millions de cyberattaques en 2024, se classant au 17e rang mondial parmi les nations les plus ciblées. La gouvernance des données est la première ligne de défense car on ne peut protéger ce qu’on n’a pas classifié et catalogué. La Stratégie Nationale de Cybersécurité lie explicitement la gouvernance des données à l’atténuation des menaces.
Demande d’interopérabilité. Les citoyens attendent de plus en plus des services numériques fluides qui ne les obligent pas à fournir les mêmes informations à plusieurs agences. Réaliser cela nécessite un partage sécurisé des données entre ministères, qui à son tour requiert des protocoles standardisés de classification et d’échange.
Conformité à la protection des données personnelles. La loi algérienne existante sur la protection des données personnelles (Loi 18-07) établit des obligations pour les responsables de traitement, mais l’application a été limitée par l’absence d’un cadre de gouvernance pratique. Le Décret 25-320 fournit l’ossature opérationnelle nécessaire pour rendre la protection des données applicable dans l’ensemble du secteur public.
Défis de mise en oeuvre
Si l’intention réglementaire est solide, la mise en oeuvre fera face à plusieurs obstacles pratiques que les professionnels IT algériens devraient anticiper.
Infrastructure héritée. De nombreuses agences gouvernementales fonctionnent sur des systèmes informatiques fragmentés et vieillissants qui n’ont pas été conçus pour l’interopérabilité. Mettre ces systèmes en conformité avec les nouvelles exigences de classification et de catalogage nécessitera des investissements significatifs dans les intergiciels, les API et potentiellement des remplacements complets de plateformes.
Déficit de compétences. La gouvernance des données est une discipline spécialisée qui nécessite des professionnels maîtrisant à la fois la gestion de l’information et la cybersécurité. Les 285 000 nouvelles places de formation professionnelle annoncées parallèlement à la stratégie de cybersécurité devront inclure des programmes de gouvernance des données pour constituer la main-d’oeuvre nécessaire.
Changement culturel. Le défi le plus significatif est peut-être organisationnel. La gouvernance des données nécessite un passage de mentalités de propriété institutionnelle des données à un modèle de gestion partagée. Les agences gouvernementales habituées à contrôler leurs actifs informationnels devront s’adapter aux obligations standardisées de classification et de partage.
Incertitude du calendrier. Le décret établit le cadre, mais les réglementations de mise en oeuvre spécifiant les normes techniques, les calendriers de conformité et les mécanismes d’application prendront du temps. Les organisations devraient commencer leurs inventaires de données internes maintenant plutôt que d’attendre des directives détaillées de mise en oeuvre.
Ce que les organisations devraient faire maintenant
Pour les responsables IT du secteur public, la priorité immédiate est de commencer un inventaire complet des données. Cartographier tous les actifs de données, identifier les pratiques de classification actuelles (le cas échéant) et évaluer l’écart entre l’état actuel et les exigences du décret.
Pour les entreprises technologiques du secteur privé desservant des clients gouvernementaux, le Décret 25-320 crée des opportunités commerciales dans la gestion des données, les outils de classification, les plateformes d’interopérabilité et le conseil en conformité. Les entreprises capables de démontrer une expertise en gouvernance des données gouvernementales trouveront un marché en croissance.
Pour les professionnels de la cybersécurité, le décret renforce le lien entre gouvernance des données et sécurité. Les mandats d’audit de sécurité dans le cadre de la stratégie de cybersécurité exigeront de plus en plus des preuves de classification et de traitement appropriés des données.
Questions Fréquemment Posées
Qu’est-ce que le Décret Présidentiel 25-320 et à qui s’applique-t-il ?
Le Décret 25-320, signé le 30 décembre 2025, établit le premier cadre national de gouvernance des données en Algérie. Il impose une classification standardisée des données, un catalogage complet et des règles d’interopérabilité sécurisée à travers toutes les administrations publiques. Le décret s’applique à chaque ministère, agence et institution publique qui gère des données gouvernementales.
Comment le Décret 25-320 est-il lié à la stratégie de cybersécurité ?
Le Décret 25-320 est l’un des piliers d’une triade réglementaire coordonnée. Le Décret 25-321 (même jour) approuve la Stratégie Nationale de Cybersécurité 2025-2029 avec des mandats d’audit de sécurité. Le Décret 26-07 (janvier 2026) crée des unités de cybersécurité au sein des institutions publiques. Ensemble, ils garantissent que les données gouvernementales sont classifiées (25-320), stratégiquement protégées (25-321) et opérationnellement sécurisées (26-07).
Que devraient faire les organisations pour se préparer à la conformité ?
Les agences du secteur public devraient immédiatement commencer à inventorier tous les actifs de données et documenter les pratiques de classification actuelles. Les fournisseurs IT du secteur privé devraient développer des solutions de gouvernance des données ciblant le marché de la conformité gouvernementale. Les professionnels de la cybersécurité devraient se préparer à des audits de sécurité qui exigeront des preuves de classification appropriée des données, car le décret lie directement la gouvernance des données aux obligations de cybersécurité de l’Algérie.
Sources et lectures complémentaires
- Data Protection and Cybersecurity Laws in Algeria — CMS Expert Guide
- DPA Digital Digest: Algeria 2025 Edition — Digital Policy Alert
- Algeria Charts Its Digital Sovereignty: National Cybersecurity Strategy 2025-2029 — DzairTube
- Algeria Data Governance — Global Data Governance Mapping
- Algeria Data Protection Overview — DataGuidance






