Une Économie à 28 000 Milliards Qui Croît Trois Fois Plus Vite Que Tout le Reste
La Digital Cooperation Organisation — le multilatéral basé en Arabie saoudite qui couvre 16 États membres — a publié son rapport Trends 2026 en décembre 2025, s’appuyant sur des enquêtes auprès de plus de 400 décideurs politiques, économistes et leaders technologiques de 26 pays. Le chiffre phare est saisissant : l’économie numérique mondiale atteindra 28 000 milliards de dollars en 2026, représentant 22 % du PIB mondial, avec une croissance de 9,5 % — soit environ trois fois le taux de croissance prévu de l’économie mondiale globale.
Ce différentiel importe pour les politiques publiques. Une économie qui croît trois fois plus vite que son économie hôte concentrera le pouvoir de marché plus rapidement que les cadres réglementaires existants ne peuvent le suivre, en l’absence d’intervention délibérée. Les entreprises dominant l’économie numérique — Amazon, Google, Apple, Meta, Microsoft — ont des capitalisations boursières dépassant le PIB de la plupart des pays. Leur pouvoir de fixation des prix, leur accès aux données et leur contrôle des plateformes se renforcent avec chaque année de croissance supérieure à la moyenne.
La DCO identifie l’IA comme le principal moteur de l’expansion de l’économie numérique en 2026, la transformation de la main-d’œuvre accélérée par l’IA représentant une opportunité de valeur économique de près de 4 910 milliards de dollars. La transformation du commerce numérique — e-commerce transfrontalier, exportations de services numériques, logistique numérique intégrée — représente 3 630 milliards de dollars. Le renforcement de la cybersécurité de bout en bout — la tendance classée première pour son impact socio-économique positif dans l’enquête DCO — pourrait débloquer 3 130 milliards de dollars de valeur économique grâce à la réduction des coûts de violation et à l’amélioration de la confiance.
Ces chiffres sont des projections, pas des garanties. Mais la trajectoire est cohérente avec cinq années consécutives de surperformance de l’économie numérique. La question de la gouvernance — qui décide des règles pour une tranche de 22 % de l’économie mondiale — n’est pas abstraite. C’est le principal combat politique des années 2020.
Le DMA Européen : Deux Ans Après, et Ça Fonctionne
La Commission européenne a publié son bilan formel à deux ans du DMA le 28 avril 2026. Le constat principal : le Digital Markets Act est adapté à son objet et n’a pas besoin d’être révisé. Les premières décisions de non-conformité de la Commission — rendues le 23 avril 2026 — ont infligé des amendes de 500 millions d’euros à Apple et de 200 millions d’euros à Meta.
La violation d’Apple portait sur l’anti-steering : Apple a été condamné pour avoir empêché les développeurs d’applications d’informer les utilisateurs des offres disponibles en dehors de l’App Store, en violation de l’article 5(4) du DMA. La violation de Meta concernait les données personnelles : la Commission a constaté que l’obligation faite par Meta aux utilisateurs de consentir à la combinaison de données personnelles entre ses services violait l’article 5(2) du DMA, qui régit la réutilisation des données inter-plateformes.
Ce ne sont pas des amendes symboliques. 700 millions d’euros combinés représentent un coût réglementaire significatif — bien que modeste au regard des bénéfices trimestriels d’Apple. Plus significatif encore, les actions d’application de l’UE en 2026 ont déclenché la première menace explicite de représailles commerciales de la part du gouvernement américain : l’administration Trump a averti de droits de douane de 25 % sur les marchandises européennes en réponse à ce qu’elle a qualifié de ciblage discriminatoire des entreprises technologiques américaines. Le succès du DMA dans l’imposition de coûts de conformité génère désormais des frictions géopolitiques.
Les succès documentés du DMA à l’avril 2026 comprennent les menus de choix de navigateurs et de moteurs de recherche sur les smartphones, la possibilité de désinstaller des applications préinstallées, l’autorisation des app stores tiers, et l’interopérabilité de la messagerie WhatsApp avec des plateformes concurrentes. Ce sont des victoires pour les consommateurs. Ce sont aussi des introductions de friction — rendant certains flux de travail numériques plus fastidieux en échange d’un choix plus concurrentiel.
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Ce Que le Bilan à Deux Ans Révèle sur la Gouvernance d’une Économie à 28 000 Milliards
1. La vitesse d’application est la principale limite du DMA
La faiblesse structurelle du DMA ne réside pas dans son cadre juridique — mais dans les délais d’enquête. Les amendes infligées à Apple et Meta ont été prononcées pour des violations documentées par des enquêtes ouvertes un an auparavant. Pour une économie numérique croissant à 9,5 % par an, un cycle d’application de 12 à 18 mois signifie que la structure de marché faisant l’objet de l’application est déjà matériellement différente au moment où l’amende tombe. Google est sous enquête pour l’auto-favoritisme dans la Recherche, les pratiques de Google Play Store et les pratiques en matière de technologie publicitaire, qui ont été signalées pour la première fois en 2024-2025. Le temps que tombent les décisions d’application, Google aura déjà adapté sa stratégie ou le marché aura évolué.
Le bilan du DMA d’avril 2026 nomme explicitement l’IA et le cloud comme domaines d’application prioritaires — une extension de périmètre qui obligera la Commission à développer de nouvelles capacités d’enquête et des cycles d’investigation plus longs que la première génération de cas sur les réseaux sociaux et les app stores. L’infrastructure de gouvernance est en train de rattraper son retard sur une économie de 28 000 milliards de dollars.
2. Les exigences d’interopérabilité sont plus puissantes que les menaces d’amendes
L’exigence d’interopérabilité de la messagerie WhatsApp — obligeant Meta à permettre aux applications de messagerie concurrentes d’échanger des messages avec les utilisateurs de WhatsApp — est structurellement plus impactante que toute amende. Une amende de 200 millions d’euros pour mauvaise utilisation des données est un coût de fonctionnement pour une entreprise avec plus de 130 milliards de dollars de revenus annuels. L’interopérabilité obligatoire, si elle est largement étendue, restructure l’architecture concurrentielle de l’économie des plateformes : elle convertit les effets de réseau d’un fossé en une ressource partagée.
L’analyse de ComplianceHub du bilan DMA note que la Commission entend étendre les exigences d’interopérabilité aux services cloud — exigeant potentiellement qu’AWS, Azure et Google Cloud permettent la portabilité des données des clients entre les frontières des hyperscalers. Si mis en œuvre, ce serait l’intervention la plus significative sur le marché des plateformes depuis l’affaire du bundling du navigateur Microsoft à la fin des années 1990. Les acheteurs de technologies d’entreprise devraient surveiller de près les procédures d’interopérabilité cloud.
3. La divergence réglementaire UE-États-Unis est désormais un risque commercial, pas un débat de politique
La menace de droits de douane déclenchée par les amendes DMA signale une transition de phase dans les relations réglementaires numériques transatlantiques. Pendant la dernière décennie, les différends de gouvernance numérique transatlantiques portaient sur la confidentialité des données (RGPD, Privacy Shield), les entreprises gérant la complexité via la localisation des données et les cadres de consentement. Le DMA introduit une nouvelle dimension : des règles de concurrence de plateforme structurelles que le gouvernement américain considère explicitement comme un ciblage protectionniste des entreprises américaines.
Pour les multinationales opérant sur les marchés américain et européen, cette divergence crée des tensions de conformité. Une architecture de plateforme conçue pour se conformer aux exigences d’interopérabilité du DMA peut créer une exposition aux risques antitrust en vertu du droit américain (qui considère différemment le partage obligatoire de données avec les concurrents). Les équipes juridiques et de conformité des entreprises dépassant le seuil de contrôleur d’accès du DMA — 7,5 milliards d’euros de revenus annuels en UE ou 45 millions d’utilisateurs actifs mensuels en UE — devraient réaliser un audit de conformité inter-juridictionnel mappant les exigences DMA par rapport au droit de la concurrence américain, aux orientations de la FTC et aux réglementations émergentes des États sur les plateformes.
Ce Qui Vient Ensuite
La projection de 28 000 milliards de dollars de la DCO et le rapport à deux ans du DMA arrivent au même moment : une économie numérique accélérant au-delà des paramètres de conception de tout cadre de gouvernance antérieur, avec des régulateurs du monde entier improvisant des réponses à des structures de marché qui n’existaient pas lorsque la plupart des agences de régulation ont été créées.
Le pari de l’UE — que des règles ex ante pour les contrôleurs d’accès désignés sont plus efficaces que l’application antitrust ex post — est testé en temps réel. Les premiers éléments de preuve sont mitigés : les menus de choix de navigateurs sont mis en œuvre, les app stores s’ouvrent, la messagerie est interopérable. Les distorsions structurelles plus profondes — l’auto-favoritisme dans la recherche, le monopole sur la technologie publicitaire, les contrôles d’accès aux modèles d’IA — sont toujours sous enquête et non résolues.
L’analyse d’Euronews du bilan DMA capture la tension fondamentale : la réglementation a introduit des frictions en échange de la concurrence, et le compromis n’est pas encore clair pour les consommateurs qui vivent la friction quotidiennement sans nécessairement voir la concurrence s’améliorer. L’infrastructure de gouvernance d’une économie numérique de 28 000 milliards de dollars se construit en public, sous pression politique, avec des informations incomplètes sur ce qu’elle gouverne. C’est la réponse honnête à la question de savoir si le DMA « fonctionne ».
Questions Fréquemment Posées
Qu’est-ce que la Digital Cooperation Organisation et que signifie sa projection de 28 000 milliards de dollars ?
La DCO est une organisation multilatérale basée en Arabie saoudite couvrant 16 États membres, axée sur la politique de l’économie numérique et la coopération. Son rapport Trends 2026 — s’appuyant sur des enquêtes auprès de 400+ décideurs politiques, économistes et leaders technologiques de 26 pays — projette l’économie numérique mondiale atteignant 28 000 milliards de dollars en 2026, représentant 22 % du PIB mondial et croissant à 9,5 %, soit environ trois fois le taux de croissance mondial global.
Quelles amendes l’UE a-t-elle imposées en vertu du DMA et à quelles entreprises ?
La Commission européenne a rendu ses premières décisions de non-conformité au DMA le 23 avril 2026 — un an après l’ouverture des enquêtes. Apple a reçu une amende de 500 millions d’euros pour avoir empêché les développeurs d’applications de diriger les utilisateurs vers des offres hors App Store (violation anti-steering en vertu de l’article 5(4) DMA). Meta a reçu une amende de 200 millions d’euros pour avoir combiné les données personnelles des utilisateurs entre ses services sans consentement explicite (violation de combinaison de données en vertu de l’article 5(2) DMA).
Comment le DMA de l’UE diverge-t-il de la réglementation numérique américaine, et pourquoi cela importe-t-il pour les entreprises ?
Le DMA impose des règles ex ante aux « contrôleurs d’accès » désignés — les entreprises dépassant 7,5 milliards d’euros de revenus annuels en UE ou 45 millions d’utilisateurs mensuels en UE — exigeant l’interopérabilité, la portabilité des données et la non-discrimination avant qu’une violation soit prouvée. La réglementation américaine est principalement ex post (action antitrust après que le préjudice de marché est démontré). La divergence crée des tensions de conformité : le partage de données imposé par le DMA avec les concurrents peut entrer en conflit avec les positions antitrust américaines sur l’accès des concurrents, forçant les multinationales à maintenir des architectures techniques différentes pour les marchés américain et européen.
Sources et lectures complémentaires
- L’économie numérique devrait croître de 9,5 % dans l’économie mondiale — IT News Africa / DCO
- Deux ans de DMA : ça marche vraiment ? — Euronews
- Les dents du DMA : Meta et Apple sanctionnés par la Commission européenne — Kluwer Competition Law Blog
- Bilan DMA de l’UE : l’IA et le cloud sont désormais des domaines d’application prioritaires — ComplianceHub
- L’Union européenne passe des négociations à une application stricte — SFG Media












