Category: Économie Numérique
Scope: Local
Status: Waiting Approval
Language: FR
Tags: Algérie Numérique 2030, transformation numérique, emplois TIC, e-gouvernement, Dzair Services, cloud souverain
Slug: algeria-digital-2030-500-projects-500k-jobs
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Date: 2026-02-26
SEO Title: Algérie Numérique 2030 : Bilan des 500 Projets
SEO Description: La stratégie Algérie Numérique 2030 promet 500 projets et 500 000 spécialistes TIC. Évaluation étape par étape : acquis, retards et lacunes.
Focus Keyphrase: évaluation stratégie Algérie Numérique 2030
La Stratégie Nationale de Transformation Numérique de l’Algérie — officiellement SNTN-2030 — a été dévoilée avec des chiffres conçus pour impressionner : plus de 500 projets numériques, 500 000 spécialistes TIC formés, une contribution de 20 % du secteur numérique au PIB, et une réduction de 40 % de la fuite des cerveaux technologiques. Deux ans après le lancement de sa mise en œuvre, le tableau est plus complexe que les communiqués de presse ne le suggèrent. Certains volets sont en avance sur le calendrier. D’autres progressent à un rythme qui rend l’échéance 2030 peu réaliste. Et le secteur privé — celui qui déterminera en définitive si la « transformation numérique » signifie quelque chose au-delà des intranets gouvernementaux — reste largement exclu du jeu.
Ce texte n’est pas un résumé de politique publique. C’est un tableau de suivi des jalons.
La Vision : Ce qu’a Promis l’Algérie
La stratégie, élaborée par le Haut-Commissariat à la Numérisation, repose sur cinq piliers : infrastructures, formation, gouvernance numérique, économie numérique et société numérique. Les engagements phares sont bien documentés :
- 500+ projets mis en œuvre principalement sur la période 2025–2026, dont 75 % directement liés à la modernisation des services publics
- 500 000 spécialistes TIC formés d’ici 2030
- 20 % du PIB issus du secteur numérique d’ici 2030
- 40 % de réduction de l’émigration des talents technologiques
- Un cloud souverain destiné à héberger les données publiques et, à terme, à offrir des solutions d’hébergement aux entreprises locales
La stratégie n’a pas été construite de toutes pièces — elle s’appuie sur des initiatives antérieures d’e-gouvernement — mais la SNTN-2030 représente le cadre le plus ambitieux jamais donné à l’agenda numérique algérien.
Ce qui est Fait : La Colonne des Acquis
L’expansion de la fibre optique est le succès le plus incontestable. L’Algérie a dépassé les 3 millions de foyers raccordés à l’internet haut débit Fiber to the Home (FTTH) en février 2026, avec des débits sur les offres premium atteignant désormais jusqu’à 1,6 Gbps lors du dernier déploiement. Ce chiffre paraît élevé jusqu’à ce qu’on rappelle que l’Algérie compte environ 7,4 millions de foyers — soit un taux de pénétration de la fibre avoisinant les 40 % des logements couverts, avec un taux d’abonnés actifs d’environ 30 %. Mais la trajectoire de croissance est remarquable : depuis seulement 53 000 foyers connectés en 2020, le pays a franchi le million en novembre 2023, 1,5 million en octobre 2024, 2,5 millions en septembre 2025, et 3 millions à peine un an plus tard.
La connectivité du réseau gouvernemental dorsale (backbone) a progressé en parallèle. Selon le ministère des Postes et des Télécommunications, 46 ministères et organismes publics sont désormais connectés au réseau dorsal en fibre optique — un prérequis indispensable à tout programme d’e-gouvernement sérieux.
Les infrastructures de centres de données ont bénéficié d’investissements concrets. Le centre national de données de Mohammadia, développé en partenariat avec Huawei, offre une infrastructure haute disponibilité aux plateformes gouvernementales, aux opérateurs télécoms et aux entreprises. Un centre de données parlementaire a été inauguré le 31 octobre 2024. La base de données DataCenterMap recense désormais six installations réparties entre cinq opérateurs actifs en Algérie — modeste selon les standards régionaux, mais tangible.
Le classement EGDI des Nations Unies s’est amélioré, passant d’un score de 0,5611 en 2022 à 0,5956 en 2024. L’Algérie se classe désormais 116e sur 193 pays selon l’Indice de développement de l’e-gouvernement (EGDI) de l’ONU. Le progrès est réel ; le classement reste médiocre.
Ce qui est en Cours : La Colonne des Chantiers Inachevés
Dzair Services est le projet en cours le plus déterminant. Cette plateforme nationale est conçue pour centraliser l’ensemble des services numériques publics en une interface unique — la réponse algérienne à UAEGOV des Émirats arabes unis ou à service-public.fr en France. L’objectif est clair : simplifier les procédures, assurer la traçabilité opérationnelle et éliminer les chevauchements institutionnels qui obligent les citoyens à se rendre dans plusieurs administrations pour une seule démarche. La finalisation du déploiement était en cours début 2025. La plateforme existe ; son déploiement complet dans l’ensemble des administrations n’est pas encore une réalité.
Le centre de données de Mohammadia approche les 80 % d’achèvement. Le centre de données de Blida — prévu comme nœud redondant pour l’architecture du cloud souverain — se situe à environ 50 % d’avancement. Aucun calendrier public n’a été communiqué pour la mise à disposition des services de cloud souverain aux entreprises privées.
Le cloud souverain lui-même reste au stade de la planification et des appels d’offres. Les autorités ont annoncé leur intention de mettre en place un cloud qui hébergera d’abord les données publiques, avant d’offrir à terme des solutions d’hébergement aux entreprises locales. C’est le volet qui bénéficierait le plus directement aux entreprises algériennes — et c’est celui qui est le plus éloigné de la réalité.
Ce qui est Bloqué : La Colonne des Lacunes
L’objectif des 500 000 spécialistes TIC est l’engagement le plus opaque de toute la stratégie. Le gouvernement a annoncé des programmes de formation dans le cadre du pilier capital humain, mais aucun chiffre officiel d’inscription, de taux d’achèvement ou de données de certification n’a été rendu public. Des enquêtes indépendantes dressent un tableau parallèle inquiétant : 95 % des étudiants en ingénierie en Algérie déclarent vouloir quitter le pays après l’obtention de leur diplôme, 60 % citant le service militaire obligatoire comme principale motivation et les bas salaires comme facteur aggravant. L’indice de fuite des cerveaux s’est légèrement amélioré, passant de 5,1 en 2023 à 4,6 en 2024, mais la trajectoire nécessaire pour atteindre une réduction de 40 % de l’émigration technologique d’ici 2030 n’est pas visible dans les données actuelles.
L’adoption numérique par le secteur privé reste extrêmement faible. En janvier 2024 (dernières données disponibles), seulement 2,8 % de la population algérienne détenait une carte de crédit. Le taux de pénétration des cartes de débit s’établissait à 22,9 % à la même période. Seulement 8,2 % de la population a effectué des achats par téléphone mobile ou sur internet en 2023. Ces chiffres ne sont pas anecdotiques — ils représentent l’écart entre un gouvernement qui numérise son back-office et un pays qui devient réellement une économie numérique.
L’objectif de contribution numérique à 20 % du PIB ne dispose d’aucun jalon intermédiaire crédible publié. Le secteur numérique algérien contribue actuellement à un estimé de 4 à 5 % du PIB ; atteindre 20 % en quatre ans nécessiterait une croissance composée qui n’a aucun mécanisme de politique visible derrière elle.
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La Réalité des Infrastructures : Des Chiffres Honnêtes
Le bilan de la fibre optique est genuinement positif, mais il coexiste avec des lacunes persistantes en matière d’infrastructures mobiles — particulièrement dans le sud et dans les wilayas rurales. Les six centres de données opérationnels sont concentrés autour d’Alger. Le centre de Blida, une fois achevé, assurera une redondance géographique pour la région capitale. Mais le Sahara, qui abrite une part importante du territoire algérien et de la main-d’œuvre des hydrocarbures, reste contraint en termes de connectivité.
Le guide de l’économie numérique algérien du US International Trade Administration est diplomatiquement prudent mais note que « les applications gouvernementales déçoivent souvent et la numérisation prend trop de temps ». Le Digital Policy Alert sur l’Algérie documente un cadre réglementaire incomplet comme obstacle persistant, notamment pour les prestataires de services de paiement et les flux transfrontaliers de données.
Le Paradoxe de la Fuite des Cerveaux
C’est la contradiction interne la plus criante de la stratégie. L’Algérie ne peut pas former 500 000 spécialistes TIC et les retenir tout en proposant des salaires d’ingénierie qui font de la France, du Canada et de l’Allemagne des alternatives financièrement irrésistibles. Plus de 12 % de tous les migrants en France sont nés en Algérie — et les travailleurs technologiques y sont surreprésentés.
La question du service militaire aggrave les incitations économiques. L’Algérie impose un service militaire obligatoire aux hommes, et les diplômés en ingénierie qui ne l’ont pas effectué font théoriquement face à des restrictions d’émigration, mais exploitent en pratique des zones grises juridiques. Il en résulte une génération de talents en ingénierie qui considère l’émigration comme un rite de passage plutôt que comme une exception.
La stratégie Numérique 2030 reconnaît le problème — elle fixe un objectif de réduction de 40 % — mais les instruments de politique pour y parvenir ne sont pas visibles dans les documents publics de la stratégie. La réforme salariale, les exemptions de service militaire pour les rôles technologiques stratégiques, et les programmes de retour pour les ingénieurs de la diaspora sont chacun discutés dans les cercles d’experts mais n’ont pas été formellement intégrés à la mise en œuvre de la SNTN-2030.
La Perspective du Secteur Privé : Toujours en Attente à la Porte
La communauté des affaires algérienne soutient globalement l’agenda de transformation numérique dans son principe. En pratique, ses acteurs déclarent attendre le cloud souverain qui leur fournirait une infrastructure abordable et conforme ; les systèmes d’e-procurement (appels d’offres en ligne) qui leur permettraient de soumissionner aux marchés publics numériquement ; et l’infrastructure de paiement qui permettrait aux clients de réellement payer pour des services numériques.
La tension fondamentale est structurelle : la SNTN-2030 est une stratégie pilotée par le gouvernement dans une économie où celui-ci est l’acteur principal, mais la transformation numérique nécessite in fine des investissements, de la concurrence et de l’innovation du secteur privé. Les cinq piliers de la stratégie sont tous sous contrôle gouvernemental. Le secteur privé apparaît dans le pilier « économie numérique », mais en tant que bénéficiaire, non comme co-concepteur.
Ce qu’il Faut Surveiller en 2026
Trois jalons détermineront si la stratégie est crédible ou purement performative :
- Le déploiement complet de Dzair Services — consolide-t-il réellement les services publics, ou reste-t-il un portail à couverture partielle ?
- Le lancement du cloud souverain — l’accès au secteur privé se concrétisera-t-il en 2026 ou sera-t-il repoussé à 2028 ?
- La publication des données de formation — le gouvernement divulguera-t-il les chiffres d’inscription et de réussite des programmes de spécialistes TIC ?
Sans ces trois éléments, les 500 projets et les 500 000 emplois restent une comptabilité d’aspirations.
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🧭 Radar de Décision
| Dimension | Évaluation |
|---|---|
| Pertinence pour l’Algérie | Élevée — affecte directement les coûts opérationnels, les frictions administratives et la disponibilité des talents pour toutes les entreprises technologiques |
| Calendrier d’action | 6-12 mois — les décisions sur Dzair Services et le cloud souverain détermineront les coûts réels en 2026 |
| Parties prenantes clés | PDG et DSI des entreprises technologiques algériennes ; DRH gérant la rétention des talents ; fondateurs de startups évaluant l’infrastructure ; équipes d’approvisionnement TIC gouvernementales |
| Type de décision | Stratégique — les entreprises doivent planifier autour des délais d’infrastructure gouvernementaux, sans supposer une livraison garantie |
| Niveau de priorité | Élevé |
En bref: La stratégie Algérie Numérique 2030 affiche de vraies réussites dans l’expansion de la fibre optique et la connectivité du réseau gouvernemental dorsal, mais les trois engagements qui comptent le plus pour les entreprises — le cloud souverain, le déploiement complet de Dzair Services, et la rétention des talents TIC — accusent tous un retard significatif. Les entreprises devraient planifier leurs stratégies d’infrastructure et de talents pour 2026–2027 en anticipant des délais persistants, tout en surveillant les trois jalons ci-dessus comme indicateurs avancés du comblage de l’écart par le gouvernement.
Sources et lectures complémentaires
- Algeria Aims for Full Digital Transformation by 2030 with New Strategy — We Are Tech Africa
- Algeria: More Than 500 Projects Registered as Part of Digital Transformation Strategy — AL24 News
- 75% of Algeria’s Digital Projects to Focus on Modernizing Public Services — SAMENA Council
- Algeria Launches Dzair Services to Centralize Public Digital Platforms — We Are Tech Africa
- Algeria Surpasses 1.5 Million Households Connected to High-Speed Fiber Optic — DzairTube
- Algeria Hits 3 Million Fiber Homes as Nationwide Rollout Continues — Ecofin Agency
- Algerian Government Launches Parliament Data Center — Data Center Dynamics
- Algeria — Digital Economy — US International Trade Administration
- DPA Digital Digest: Algeria — Digital Policy Alert
- Solving Algeria’s Engineering Brain Drain — Medium / Yasser Drif
- Algeria’s Ambitious Digital Transformation Plan: Over 500 Projects Set for 2025-2026 — MEATechWatch
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