Deux câbles, deux rôles différents en 2026
La connectivité sous-marine de l’Algérie passe d’une préoccupation mono-route à une stratégie multi-câbles. Le système Medusa, un projet sous-marin de 8 760 kilomètres porté par AFR-IX Telecom et construit avec l’électronique Nokia, doit terminer sa première phase en 2026. Medusa relie cinq pays méditerranéens de l’UE (Chypre, France, Italie, Portugal, Espagne) à quatre pays du voisinage sud (Algérie, Égypte, Maroc, Tunisie). Chaque paire de fibres porte jusqu’à 20 Tbps, et le design comprend 24 paires, soit une capacité système de 480 Tbps une fois pleinement allumée. L’atterrissement tunisien à Bizerte et l’atterrissement français à Marseille sont déjà en place, et le segment algérien fait partie de la fenêtre d’activation 2026.
Le second câble est Africa-1, avec une capacité nominale plus modeste de 200 à 300 Gbps. Africa-1 est exploité par un consortium incluant des opérateurs régionaux et conçu comme une liaison terrestre-et-sous-marine additionnelle plutôt qu’un backbone hyperscale. Les deux câbles ensemble donnent à l’Algérie quelque chose qu’elle n’a pas eu à cette échelle auparavant : une route principale capable de soutenir un trafic hyperscale, plus une route secondaire qui ajoute redondance sur un chemin physique différent.
Le ministre de la Poste et des Télécommunications Sid Ali Zerrouki a cadré la feuille de route câbles comme un enjeu de souveraineté plutôt qu’un choix d’achat. Dans la couverture APS de l’ouverture de Global Africa Tech, il a souligné que l’engagement de l’Algérie est pour une infrastructure de câbles sous-marins haut débit, fiable et sécurisée. La formule compte parce qu’elle place la diversité sous-marine dans la même conversation que cybersécurité, résidence des données et planification de continuité de service.
Ce que la Déclaration d’Alger engage réellement
Du 28 au 30 mars 2026, le Centre International des Conférences Abdelatif Rahal d’Alger a accueilli le sommet inaugural Global Africa Tech. Le document de clôture, la Déclaration d’Alger sur la Souveraineté des Télécommunications Africaines et la Connectivité Intégrée (2026-2030), est un engagement continental en 14 articles signé par des ministres de tout le continent et des partenaires additionnels.
La déclaration est structurée autour de quatre piliers : connectivité universelle et abordable, protection des infrastructures critiques de télécommunications, souveraineté des données, et développement du capital humain. Les engagements pratiques incluent l’extension d’une connectivité significative aux communautés rurales et mal desservies, l’intégration des réseaux terrestres, sous-marins et satellitaires à travers le continent, l’investissement dans data centres et points d’échange internet, et le renforcement d’arrangements de cloud de confiance pour les workloads du secteur public. La déclaration crée aussi un Secrétariat Général de Suivi et de Coordination, destiné à ancrer le document politique à des groupes de travail et cycles de reporting.
Pour l’Algérie spécifiquement, l’importance de la déclaration est qu’elle donne à la stratégie câbles domestique un cadre régional. La souveraineté en télécom est rarement atteinte par l’isolement ; elle vient d’une profondeur d’infrastructure, d’une coordination des normes et d’un effet de levier de négociation suffisants pour éviter une dépendance unilatérale. Les 14 articles sont conçus pour multiplier ce levier en alignant les positions africaines sur le routage, le peering, les flux de données et les attentes en cybersécurité.
Pourquoi l’exécution opérateur et entreprise compte ensuite
Câbles et déclarations sont nécessaires, mais ne génèrent pas de valeur économique seuls. La couche opérateur est où atterrit le test suivant. Djezzy a réaffirmé son engagement à soutenir la transformation numérique de l’Algérie dans la couverture APS plus tôt en 2026, cadrant l’investissement opérateur comme partie de l’agenda souveraineté élargi. Algerie Telecom et Mobilis portent la même attente : que la dépense en capital sur réseaux d’accès, data centres et interconnexion s’aligne sur la posture politique nationale.
Les enjeux pratiques sont concrets. La capacité internationale fiable affecte la latence cloud pour les banques, plateformes e-commerce et portails du secteur public. La diversité des câbles affecte la continuité d’activité quand une route subit une panne, comme c’est arrivé avec des câbles méditerranéens à plusieurs reprises. L’hébergement local des workloads critiques exige à la fois capacité sous-marine et capacité data centre domestique, plus interconnexion aux points d’échange internet qui gardent le trafic local. L’expansion câbles de l’Algérie ne se traduit en avantage compétitif que si ces couches avancent en synchronie.
Il y a une opportunité mesurable ici. Selon la couverture APS, la base broadband algérienne a grandi, l’usage data mobile s’est étendu, et la demande entreprise pour services adjacents au cloud monte. Deux câbles en 2026 donnent aux opérateurs plus de marge pour baisser les prix de capacité de gros, plus d’incitation à construire des nœuds edge et cache en Algérie plutôt que de servir le contenu depuis Marseille ou Francfort, et plus de crédibilité en négociant des accords de peering avec opérateurs internationaux et réseaux de contenu.
Publicité
Ce que les entreprises et agences publiques devraient faire pendant la fenêtre d’activation 2026
L’activation câbles 2026 crée une fenêtre de planification que les entreprises et agences publiques devraient utiliser plutôt qu’attendre. Trois mouvements concrets méritent d’être lancés cette année. Premièrement, cartographier les workloads face aux exigences de connectivité : identifier quelles applications exigent moins de 100 millisecondes de round-trip vers l’Europe ou le Golfe, lesquelles exigent une résidence locale uniquement, et lesquelles tolèrent des chemins plus longs en cas de panne. Deuxièmement, demander la diversité de routes dans les contrats opérateurs : les grandes entreprises peuvent négocier des engagements explicites de chemins primaire-et-secondaire maintenant que deux câbles distincts existent. Troisièmement, aligner le langage d’achat sur la Déclaration d’Alger : souveraineté des données, protection d’infrastructure et engagements de continuité peuvent être écrits dans les contrats fournisseur et opérateur comme attentes de niveau de service concrètes.
Pour l’économie élargie de l’Algérie, le test pour savoir si la souveraineté télécom devient plus que de la rhétorique est de voir si les 12 à 18 prochains mois produisent des changements mesurables : latence plus basse vers destinations européennes, plus d’hébergement local de workloads orientés public, adoption entreprise plus rapide de services adjacents au cloud, et investissement opérateur visible dans data centres domestiques et interconnexion. Les câbles et la déclaration sont les entrées. La sortie sera visible dans le capex opérateur, les SLAs entreprise et la performance routinière des services que les utilisateurs ordinaires remarquent.
Ce que les leaders entreprises et télécom algériens devraient faire dans la fenêtre 2026
L’activation des câbles Medusa et Africa-1 est une inflexion de planification, pas seulement un titre d’actualité. Deux chemins sous-marins distincts donnent aux entreprises algériennes un ensemble d’options de négociation et d’architecture qui n’existaient pas il y a six mois. Agir sur ces options pendant la fenêtre d’activation ancre des avantages avant que le marché ne réévalue la capacité.
1. Cartographier les workloads face aux exigences de latence et de résidence avant de signer de nouveaux contrats
Conduire un audit structuré des workloads avant de renouveler tout accord réseau ou cloud. Classer chaque application selon trois critères : sensibilité à la latence (quels systèmes se dégradent quand le round-trip vers des endpoints européens dépasse 80 ms), obligation de résidence des données (quels jeux de données doivent rester en Algérie), et profil de tolérance aux pannes (quels services peuvent survivre une interruption de 4 à 48 heures si un câble est endommagé). Les données Submarine Networks montrent que les pannes de câbles méditerranéens ont historiquement causé des coupures de plusieurs jours environ une fois par 18 mois par route. Avec Medusa et Africa-1 actifs, les entreprises algériennes peuvent spécifier des exigences de basculement explicites — mais seulement si la classification des workloads existe d’abord.
2. Négocier des clauses de diversité de routes et des SLA de basculement dans chaque nouvel accord opérateur
L’existence de deux câbles ne signifie pas automatiquement que le trafic utilise les deux. Algerie Telecom, Djezzy et Mobilis doivent tous fournir des engagements contractuels que les chemins primaires et secondaires empruntent des systèmes câbles physiquement distincts. Les équipes d’achat entreprise devraient rédiger des clauses explicites de diversité de routes dans les nouveaux accords — précisant que Medusa et Africa-1 servent de chemins de basculement indépendants et que l’activation du basculement doit intervenir dans une fenêtre définie. Cela reflète ce que les banques et opérateurs cloud européens ont négocié après la panne du câble de la mer Rouge de 2022. Les banques, plateformes e-commerce et portails du secteur public algériens ont une exposition équivalente.
3. Traduire les engagements de la Déclaration d’Alger en langage d’achat
Les 14 articles de la Déclaration d’Alger sur souveraineté des données, protection d’infrastructure et capital humain sont des déclarations politiques jusqu’à ce qu’ils apparaissent dans les contrats et spécifications d’achat. Les équipes d’achat entreprise peuvent utiliser le langage de la déclaration comme standard de référence dans les demandes de propositions — exigeant des soumissionnaires qu’ils confirment leur présence locale en data centre, divulguent leur stratégie de routage câble et s’engagent sur une livraison de service alignée sur la souveraineté. Ceci est particulièrement pertinent pour les marchés informatiques publics, où la déclaration crée une couverture politique pour exiger des seuils d’hébergement local plus élevés des fournisseurs cloud et de services managés.
En bref : Les leaders télécom et entreprise algériens devraient traiter 2026 comme une fenêtre de planification : cartographier les workloads face aux exigences de latence et de résidence, négocier la diversité de routes explicite auprès des opérateurs maintenant que Medusa et Africa-1 donnent à l’Algérie deux câbles distincts, et traduire les engagements de souveraineté des données et de continuité de la Déclaration d’Alger en langage d’achat que les entreprises et agences peuvent faire respecter.
La leçon structurelle
La logique plus profonde de l’histoire télécom algérienne de 2026 est que l’infrastructure souveraine tire sa valeur non de la propriété seule, mais de la capacité institutionnelle à la déployer. La capacité système de 480 Tbps de Medusa et la redondance d’Africa-1 n’ont de sens que si Algérie Telecom, Djezzy et Mobilis traduisent cette marge en prix de gros plus bas, investissement en data centres nationaux et accords de peering qui maintiennent le trafic internet algérien à l’intérieur de l’infrastructure algérienne. Les 14 articles de la Déclaration d’Alger formalisent l’intention politique ; les plans de dépenses d’investissement des opérateurs pour 2026-2027 montreront si l’intention opérationnelle suit.
C’est la même leçon structurelle que les marchés de Méditerranée méridionale et du Golfe ont apprise au cours de la dernière décennie. Le Qatar et les Émirats arabes unis ont construit une capacité d’atterrissage sous-marin bien en avance sur la demande, puis ont utilisé cet excédent pour attirer la colocalisation hyperscaler et les nœuds de diffusion de contenu — transformant l’investissement en infrastructure en une chaîne d’approvisionnement de l’économie numérique qui a réduit la dépendance aux échanges internet européens. Le chemin de l’Algérie suit la même logique : les câbles créent la position de négociation, mais les nœuds périphériques, les points d’échange internet locaux et la tarification de gros compétitive créent la valeur économique. Le sommet Global Africa Tech des 28-30 mars 2026 et son Secrétariat général de Suivi et de Coordination existent précisément pour institutionnaliser cette prochaine étape au niveau continental. Si l’Algérie utilise la fenêtre d’activation 2026 pour diriger cette opérationnalisation — ou si elle livre l’architecture diplomatique pendant que la mise en œuvre se perd — voilà ce que les observateurs et concurrents suivront jusqu’en 2027.
Questions Fréquemment Posées
Pourquoi la capacité sous-marine fait-elle partie de la politique économique de l’Algérie ?
Deux câbles sont prévus pour 2026 : Medusa, avec jusqu’à 480 Tbps de capacité système sur 24 paires de fibres, et Africa-1 à 200-300 Gbps nominaux. Cette capacité affecte latence cloud, continuité d’activité durant les pannes de route, fiabilité des flux de paiement, et faisabilité de l’hébergement local de workloads critiques. Le ministre Zerrouki a cadré la feuille de route câbles comme un enjeu de souveraineté, ce qui place la diversité sous-marine dans la même conversation que cybersécurité et résidence des données.
À quoi la Déclaration d’Alger s’engage-t-elle ?
La Déclaration d’Alger sur la Souveraineté des Télécommunications Africaines et la Connectivité Intégrée (2026-2030), adoptée au sommet Global Africa Tech du 28-30 mars, est un document continental en 14 articles organisé autour de quatre piliers : connectivité universelle, protection des infrastructures critiques, souveraineté des données et développement du capital humain. Elle crée aussi un Secrétariat Général de Suivi et de Coordination pour ancrer les engagements à des groupes de travail et cycles de reporting.
Comment les entreprises algériennes devraient-elles répondre à l’activation câbles 2026 ?
Lancer trois mouvements cette année. Cartographier les workloads face aux exigences de connectivité pour savoir lesquels nécessitent des chemins sous 100 millisecondes, lesquels exigent résidence locale, et lesquels tolèrent un failover. Négocier la diversité de routes primaire-et-secondaire explicite dans les contrats opérateurs maintenant que Medusa et Africa-1 donnent à l’Algérie deux chemins distincts. Aligner le langage d’achat sur la Déclaration d’Alger, en écrivant souveraineté des données, protection d’infrastructure et engagements de continuité dans les SLAs fournisseur.
Sources et lectures complémentaires
- Minister Zerrouki commits to strengthen digital sovereignty — APS
- African ministerial summit concludes with Algiers Declaration on sovereign telecommunication — APS
- Algeria Announces New Undersea Cable Link to Meet Soaring Data Demand — Ecofin Agency
- Medusa subsea cable system overview — Submarine Networks
- Djezzy reaffirms commitment to backing Algeria’s digital transformation — APS













