Pourquoi les entreprises du secteur privé devraient lire la stratégie dès maintenant
Le cadre juridique algérien en matière de cybersécurité a atteint un nouveau seuil de maturité entre décembre 2025 et janvier 2026. Le Décret Présidentiel 25-321 a formellement approuvé la Stratégie Nationale de Cybersécurité 2025-2029, et le Décret Présidentiel 26-07 a établi le cadre institutionnel pour la cybersécurité au sein des institutions publiques, publié au Journal Officiel le 21 janvier 2026.
Bien que les mandats directs de ces décrets se concentrent sur les institutions publiques, les effets d’entraînement pour le secteur privé sont significatifs. Banques, télécoms, assureurs et grandes entreprises interagissent quotidiennement avec les institutions publiques — en tant que fournisseurs, prestataires de services, contreparties et régulateurs sectoriels. Le cadre de la stratégie pour les audits, le signalement des incidents, la classification des infrastructures critiques et la gouvernance de la cybersécurité établit le niveau de référence attendu auquel toutes les organisations algériennes seront de plus en plus mesurées.
Ce guide se concentre sur ce que les entreprises devraient faire dès maintenant pour se préparer, sans spéculer sur les calendriers d’actions d’application spécifiques ni commenter la posture actuelle d’une quelconque institution. C’est un cadre de préparation prospectif, pas un audit du statu quo.
Le cadre juridique que les entreprises doivent cartographier
La conformité des entreprises algériennes en 2026 repose sur un ensemble d’instruments qui se chevauchent et qui ont évolué régulièrement depuis 2009. Un programme de conformité pratique devrait inventorier les obligations au titre des textes suivants :
- Loi n° 09-04 (2009) — Prévient les infractions liées aux technologies de l’information et de la communication
- Loi n° 18-07 (2018) — Loi fondamentale algérienne sur la protection des données personnelles, administrée par l’Autorité Nationale de Protection des Données Personnelles (ANPDP), alignée sur les cadres internationaux contemporains de protection des données
- Loi n° 18-04 (2018) — Établit les règles relatives aux communications électroniques, incluant la définition formelle de la cybersécurité utilisée dans les réglementations en aval
- Décret Présidentiel n° 20-05 (2020) — Crée le cadre national de sécurité des systèmes d’information, établissant la coordination stratégique via le CNSSI et l’exécution technique via l’ANSSI
- Décret Présidentiel n° 25-298 (novembre 2025) — Amende le Décret 20-05
- Décret Présidentiel n° 25-320 (décembre 2025) — Établit la gouvernance nationale des données avec intégration de la cybersécurité
- Décret Présidentiel n° 25-321 (30 décembre 2025) — Approuve la Stratégie Nationale de Cybersécurité 2025-2029
- Décret Présidentiel n° 26-07 (janvier 2026) — Crée des unités dédiées à la cybersécurité au sein des institutions publiques
L’Autorité de Régulation de la Poste et des Communications Électroniques (ARPCE) supervise la conformité dans les télécommunications et les secteurs connexes. Dans le cadre juridique existant, les outils d’application incluent mises en demeure formelles, suspension ou retrait de licence pour les entités régulées, avec des sanctions pénales au titre des lois spécifiques sur les infractions TIC allant de 5 000 DZD à 10 000 000 DZD selon l’infraction.
Un cadre de préparation à quatre piliers pour les entreprises
Plutôt que d’attendre des règlements d’application sectoriels, les entreprises algériennes peuvent structurer leur travail de préparation autour de quatre piliers alignés avec la direction institutionnelle de la stratégie.
Pilier 1 : Gouvernance et responsabilité de la direction
Le Décret 26-07 établit que les institutions publiques doivent créer des unités dédiées à la cybersécurité rendant compte directement à la direction institutionnelle. Les entreprises devraient traiter cela comme la norme nationale émergente pour la gouvernance de la cybersécurité et la refléter en interne.
Étapes concrètes :
- Désigner un Responsable de la Sécurité des Systèmes d’Information (RSSI) avec rapport formel au PDG ou au comité d’audit du conseil, pas enfoui sous les opérations informatiques
- Créer un comité de cybersécurité au niveau exécutif avec revue trimestrielle de la posture de risque, de l’historique des incidents et du statut de remédiation
- Documenter une politique de cybersécurité alignée sur ISO/IEC 27001 ou des cadres équivalents que l’organisation peut présenter aux régulateurs, auditeurs et contreparties sur demande
Pilier 2 : Préparation à la réponse et au signalement des incidents
Le cadre de la stratégie anticipe des relations structurées de signalement d’incidents entre les organisations et les organes nationaux de coordination, y compris le DZ-CERT (l’Équipe de Réponse aux Incidents Informatiques opérant sous CERIST). Les entreprises devraient se préparer dès maintenant aux obligations de signalement d’incidents qui sont susceptibles de devenir sectorielles dans les futures réglementations d’application.
Étapes concrètes :
- Bâtir et tester un plan de réponse aux incidents incluant les protocoles de notification à la direction interne, aux clients affectés et aux autorités pertinentes au titre de la Loi 18-07 lorsque des données personnelles sont concernées
- Établir des relations directes avec le DZ-CERT et les régulateurs sectoriels avant qu’un incident ne survienne, pas pendant
- Mener au moins un exercice de simulation annuel simulant un incident significatif, avec revue post-exercice et suivi des remédiations
- Conserver les journaux et artefacts judiciaires pendant des périodes suffisantes pour soutenir l’enquête interne et le signalement réglementaire
Pilier 3 : Protection des données et conformité à la vie privée
La Loi 18-07 demeure l’obligation fondamentale de protection des données personnelles pour toute organisation traitant des données personnelles algériennes. L’intégration de la stratégie 2025-2029 avec la gouvernance nationale des données (au titre du Décret 25-320) renforce l’importance de l’inventaire des données, de la documentation de la base légale et de la gouvernance des transferts transfrontaliers.
Étapes concrètes :
- Maintenir un inventaire à jour des données identifiant les données personnelles, les finalités de traitement et les emplacements de stockage
- S’assurer que des accords de traitement de données sont en place avec tous les sous-traitants tiers, y compris les fournisseurs cloud et SaaS
- Documenter les bases légales de traitement au titre de la Loi 18-07, en particulier pour les catégories de données sensibles
- Établir un processus de traitement des demandes des personnes concernées pouvant répondre dans des délais raisonnables
Pilier 4 : Sécurité des tiers et de la chaîne d’approvisionnement
L’accent mis par la stratégie sur la protection des infrastructures critiques s’étend à la chaîne d’approvisionnement qui soutient cette infrastructure. Les entreprises — en particulier celles qui sont elles-mêmes fournisseurs des institutions publiques ou des secteurs régulés — devraient s’attendre à ce que les exigences de diligence raisonnable se resserrent.
Étapes concrètes :
- Maintenir un inventaire des fournisseurs tiers, y compris les intégrations SaaS et les autorisations OAuth dans les plateformes d’identité cloud
- Mener des évaluations de sécurité pour les fournisseurs ayant accès à des données sensibles ou à des systèmes critiques
- Inclure des clauses de cybersécurité dans les contrats fournisseurs, y compris les exigences de notification de brèche et les dispositions de droit d’audit
- Surveiller les annonces des fournisseurs concernant des incidents ou des vulnérabilités de sécurité pouvant affecter l’entreprise
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Où allouer l’investissement en 2026
Les entreprises se préparant à l’environnement de conformité 2025-2029 devraient prioriser les dépenses dans trois domaines où le retour sur investissement est le plus clair :
- Documentation de la gouvernance et des politiques — Souvent sous-financée par rapport à la technologie. Un ensemble complet et auditable de politiques est la base que tout régulateur, auditeur ou contrepartie demandera en premier.
- Gestion des identités et des accès — La surface d’attaque dominante mondialement et localement. L’investissement dans les plateformes d’identité, la couverture MFA et la gouvernance OAuth rapporte sur tous les cadres de conformité.
- Capacité de détection et de réponse aux incidents — Soit un investissement SOC interne, soit un contrat avec un fournisseur de détection et réponse managées (MDR) capable d’opérer à la vitesse que requièrent les attaques modernes.
Travailler avec l’ASSI et le DZ-CERT
L’Agence de Sécurité des Systèmes d’Information (ASSI), opérant sous le Ministère de la Défense Nationale, met en œuvre les politiques nationales de cybersécurité et défend les infrastructures critiques de l’État. Le Conseil National de la Sécurité des Systèmes d’Information (CNSSI), rendant compte à la Présidence, élabore les stratégies nationales. Le DZ-CERT opère sous CERIST en tant que coordinateur national de la réponse aux incidents.
Pour les entreprises, l’implication pratique est que construire des relations professionnelles et coopératives avec ces organes — avant tout incident — fait partie de la préparation. Cela inclut s’abonner aux avis, participer aux forums sectoriels de cybersécurité lorsqu’ils existent et s’assurer que les chemins de notification d’incidents sont documentés et testés.
Une liste de contrôle de préparation à la conformité
Pour combler l’écart entre les attentes émergentes de la stratégie et la posture actuelle des entreprises, les organisations peuvent parcourir la liste de contrôle suivante :
- [ ] RSSI nommé avec ligne directe avec le PDG ou le conseil
- [ ] Politique de cybersécurité documentée et alignée sur un cadre international reconnu
- [ ] Inventaire des données complété avec bases légales documentées au titre de la Loi 18-07
- [ ] Plan de réponse aux incidents documenté et testé au cours des 12 derniers mois
- [ ] Inventaire des fournisseurs tiers complété avec clauses contractuelles de sécurité
- [ ] Plateforme d’identité avec MFA à l’échelle de l’entreprise et gouvernance OAuth
- [ ] Capacité de détection et de réponse en place — SOC interne ou contrat MDR
- [ ] Budget annuel de cybersécurité approuvé avec plan d’investissement pluriannuel
- [ ] Relation continue avec le DZ-CERT et les régulateurs sectoriels établie
- [ ] Reporting cybersécurité au niveau du conseil selon une cadence trimestrielle
Les organisations qui complètent cette liste de contrôle se positionnent bien pour toute direction que prendront les règlements d’application sectoriels au cours des 24 prochains mois, et plus important encore, bâtissent la résilience opérationnelle qu’exige tout environnement de menace sérieux.
Questions Fréquemment Posées
Le Décret 26-07 s’applique-t-il directement aux entreprises du secteur privé ?
Le mandat direct du Décret 26-07 pour la création d’unités dédiées à la cybersécurité s’applique aux institutions publiques. Cependant, les entreprises du secteur privé qui sont fournisseurs d’institutions publiques, opèrent dans des secteurs régulés comme la banque et les télécommunications, ou sont classées comme opérateurs d’infrastructure critique au titre de réglementations sectorielles existantes ou futures, connaîtront des obligations indirectes via les exigences d’achat, les orientations réglementaires et les attentes de diligence raisonnable des contreparties. Traiter le cadre du décret comme la norme nationale émergente est une posture de préparation défendable.
Quelle est la relation entre l’ANSSI, l’ASSI et le DZ-CERT ?
Les trois organes ont des rôles distincts et complémentaires. L’ANSSI (Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d’Information, au titre du Décret 20-05) gère l’exécution technique du cadre national de cybersécurité. L’ASSI (Agence de Sécurité des Systèmes d’Information) opère sous le Ministère de la Défense Nationale et met en œuvre les politiques nationales de cybersécurité et défend les infrastructures critiques de l’État. Le DZ-CERT, opérant sous CERIST, sert d’Équipe de Réponse aux Incidents Informatiques nationale coordonnant la réponse aux incidents. Les entreprises construisant des programmes de préparation bénéficient de comprendre les mandats distincts et de s’engager avec chacun via les canaux appropriés.
Quelle est la première étape la plus importante pour une entreprise de taille moyenne ?
Nommer ou reconfirmer formellement un RSSI qui rend compte au PDG ou au comité d’audit du conseil, pas enfoui dans les opérations informatiques. Sans un responsable de la sécurité habilité avec responsabilité exécutive, chaque élément de travail de conformité en aval — politique, réponse aux incidents, gestion des fournisseurs, inventaire des données — sera sous-doté ou déprioritisé. L’étape de gouvernance débloque tout le reste et est l’action à coût le plus bas et à levier le plus élevé qu’une organisation de taille moyenne puisse entreprendre.
Sources et lectures complémentaires
- CMS Expert Guide to Data Protection and Cyber Security Laws: Algeria — CMS
- Algeria Strengthens Cybersecurity Framework to Protect National Infrastructure — TechAfrica News
- Algeria Cybersecurity Framework Update — SAMENA Council
- ARPCE Publication Portal — Regulatory Authority for Post and Electronic Communications















